Jour après jour,

à travers des articles quotidiens j’ai analysé les objets qui disparaissaient, leurs rôles et les vides qu’ils laissaient dans mon environnement.

EXTRAITS :

Day to day,

I did analyse the objects that disappear, their function and the void they leave.
(sorry articles are not available yet in english version)

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08.04.17 – HIER, ON M’A PRIS MA CUILLÈRE EN BOIS…

Elle est un peu tordue, un peu fendue, irrégulière. Le matériau après façonnage avait bougé et déformé l’objet sans pour autant faire disparaître la fonction. Grâce à cet ustensile : remuer, mélanger les aliments quand ils cuisent sans rayer la poêle, goûter un extrait pendant la cuisson et pousser les aliments de la poêle au plat ou à l’assiette.

Je vais provoquer son usure, sa déformation jusqu’à trouver avec 1/3 le squelette de la cuillère. Elle sera forcement plus fragile, mais elle devrait pouvoir remplir le même rôle. Je modérerai mes gestes pour ne pas la briser.

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06.04.17 – HIER, ON M’A PRIS MON ASSIETTE…

Plus qu’une, mais j’ai aussi des restes d’objets qui sont devenus comme des assiettes. Ce sont des surfaces étanches, relativement rigides, l’idéal est qu’elles soient légèrement concaves et /ou avec des rebords et qu’elles puissent contenir environ une ration d’aliments.

Les utilisations sont larges, très souvent liées à la nourriture mais pas limitées à la prise des repas. Ma dernière assiette est sur la casserole afin que l’eau pour mon thé ne s’évapore pas en chauffant. Le couvercle en plastique contient une peau de banane et quelques coques vides de pistaches. Le dessus du tabouret est posé au fond de l’évier – il reste un peu de sauce à sa surface, je viens de manger. Le fond du saladier se trouve sur la table, j’y ai laissé quelques dizaines de pistaches et des noix.

Excepté pour couvrir la casserole, les rôles sont indéfinis et c’est souvent la surfassiette la plus proche de ma main qui entre en utilisation. Dans mon environnement plus rien n’est vraiment déterminé, je prend ça comme une forme de liberté.

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04.04.17 – HIER, ON M’A PRIS MON OREILLER…

J’ai très bien dormi la nuit dernière. Je pensais en garder un morceau et le compacter pour le caler sous ma nuque, finalement je ne crois pas que cela sera nécessaire.

Est-ce qu’un jour avant aujourd’hui je me suis demandée si j’en avais «besoin»?
Est-ce que je vais pouvoir l’évacuer de façon définitive de mon environnement domestique quotidien?

Presque 30 ans de contact étroit avec cet objet plusieurs heures par jour, qu’est-ce que l’oreiller a apporté à mon corps? Du confort, un maintien tendre de ma tête la nuit.
Et qu’est-ce que l’oreiller a pris à mon corps? Certainement une capacité de relâchement et de détente toute naturelle –celle qu’on les enfants et mon chien–, elle me fait défaut parfois.

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01.04.17 – HIER, ON M’A PRIS MON BOL…

De toutes mes paires d’objets, les bols sont les seuls que j’utilisais simultanément pour mon usage personnel, tous les matins l’un contenait le café et l’autre les fruits et les céréales.

Je vais maintenant devoir prendre mes bols (contenus) l’un après l’autre dans mon bol (objet).

Moi-même j’ai retiré la dernière chaise. Nous étions trois hier soir ici. Deux assis par terre, le troisième sur la chaise s’est lassé très vite de la différence d’altitude – question de posture peut-être, le regard et le haut du corps sont dirigés vers le bas pour l’échange, il n’y a plus de table pour reposer les bras.

Plus tard, nous trois assis par terre, la chaise inutile écartée un peu plus loin.

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30.03.17 – HIER, ON M’A PRIS MA BOUILLOIRE…

Comme beaucoup de visiteurs me l’ont indiqué, la casserole et mon réchaud feront aussi bien l’affaire – mais c’est un changement.

La bouilloire, je l’utilisais entre 3 et 4 fois par jour, je la remplissais à l’évier et enclenchais le bouton, celui qui se relève tout seul lorsque l’eau bout. Et parce qu’il se relève tout seul, aucun risque de débordement, mon attention est inutile. Pendant que l’eau chauffe je vais prendre une douche, je vais acheter du pain et en achetant le pain je peux même finalement décider de boire un café dehors au soleil plutôt que chez moi – parce que rien n’est sur le feu. Une dizaine de fois depuis mon installation ici, l’eau a chauffé pour rien, parce que j’avais changé d’avis ou parce que j’avais oublié que j’avais envie.

Avec l’eau, la casserole et le réchaud, l’engagement est différent. Il faut veiller, ne pas trop se charger de tâches ou de pensées pour réaliser que l’eau est sur le feu, que sont état est en cours de changement et que c’est à moi de faire le geste suivant : couper l’énergie.

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22.03.17 – HIER, ON A VOULU ME PRENDRE MON MATELAS…

2ème veto.

Avant de commencer l’expérience, c’est pour cet élément seulement que j’étais sure d’utiliser un veto, et pour cela j’avais l’intention de garder un de mes trois ronds verts jusqu’au bout. Voilà une des limites – un confort de base. Se glisser chaque soir sur la surface horizontale et accueillante puis expirer longuement.

Le matelas assure la détente, le repos, aide à maintenir la chaleur du corps pendant la nuit et lorsqu’il est posé à terre isole du sol.

Moi-même j’ai choisi de retirer mon sommier. Le sol de l’appartement est propre, non-humide, je peux me baisser à terre et me relever sans problème, les articulations fonctionnent. Toutes les raisons pour lesquelles je pourrais avoir besoin du sommier sont absentes. Il est dans ce lieu et pour ma personne superflu.

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17.03.17 – HIER, ON M’A PRIS MES RIDEAUX…

«Pour voir le soleil se lever.» d’après le bulletin d’un visiteur de la Rue de la République.
Idéalement oui… mais je suis au rez-de-chaussée sur cour et la sonnerie de mon téléphone se lève bien avant que la lumière présente à l’extérieur
ne pénètre la pièce.

«Pourquoi se cacher?» et «Vision sur le monde».
Voilà qui précise bien le double rôle de ces écrans qui protègent notre intimité mais nous empêchent de voir à l’extérieur. J’ouvre : tu me vois – je vois, et je tire : tu ne me vois pas – je ne vois pas.

Ici la cour sur laquelle donnent les deux fenêtres de l’appartement est le local poubelle de l’immeuble, terne spectacle – les rideaux sont le plus souvent
tirés. Cela évite aussi qu’à 8h, 1/3 réveillée et 2/3 habillée, je croise visuellement une voisine très habillée qui en partant travailler jette avec dégoût ses déchets. Je sais qu’elle est là j’entends ses talons et le couvercle de la poubelle se refermer, elle sait que je suis là, mais nous ne nous sommes pas croisées et ça nous va bien comme ça.
Avec 1/3 de rideau on devrait pouvoir continuer à s’arranger.

J’ouvre le rideau seulement au début de l’après-midi, quand il est touché par le soleil et que son effacement permet de laisser entrer ce dernier sur le sol à l’intérieur.

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14.03.17 – HIER, ON M’A PRIS MON TAPIS…

Il avait bien sa place et définissait un «coin salon» dans la pièce. Il enrichissait l’espace sans avoir de fonction essentielle. Mon attachement à lui n’était pas visuel mais tactile ; ici le carrelage gris offre un contact froid et je porte des mules alors que j’aime être pied-nu. En marge du tapis, j’ôtais ces mules et me régalais du contact appuyé de mes plantes sur le tissage, et lorsque que j’étais assise je frottais machinalement mes pieds sur les fibres jusqu’à la chaleur.

Il faut ne jamais être pied-nu ou assis par terre pour ignorer les tapis, ou bien comme quelques personnes me l’ont dit Rue de la République : «À mon âge, je me prend les pieds dedans.»

Moi-même j’ai retiré le plat, très peu utilisé jusqu’alors, la poêle et la casserole sont des contenants bien supérieurs puisqu’ils vont sur le feu.